Florent Cousineau
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Viens chez moi, j'habite chez un artiste !
3 jul 2004

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Au siècle dernier, Saint-Roch, au sud du boulevard Charest, pullulait d'entrepôts, de garages, de fabriques de textiles et d'ateliers de charretiers. Aujourd'hui, le quartier est envahi par les artistes. Si bien que l'architecte André Roy l'appelle "Soucha", comme dans south of Charest, une analogie très claire au Soho de New York, contraction de south of Houston.

LE SOLEIL a récemment visité deux de ces bâtiments reconvertis en ateliers résidences, situés l'un en face de l'autre, à l'intersection des rues Belleau et Christophe-Colomb Est. Une quinzaine d'artistes ont investi les lieux, au grand plaisir des restaurateurs, des quincailliers, des boutiques et du Omer Deserres.

"L'été, on se fait des soupers sur le trottoir", mentionne Nathalie Simard, peintre corporelle, maquilleuse artistique et proprio de l'un des quatre lofts des Ateliers du coin. "On fait attention à nos espaces et à nos fleurs. Il y a une belle convivialité entre les gens." Nathalie est la voisine de Louise Jobin, une portraitiste de la rue Sainte-Anne. Été comme hiver, ces deux femmes entretiennent de coquettes boîtes à fleurs devant leurs fenêtres. Les marcheurs doivent faire un détour sur le trottoir pour les éviter.

Ce n'est là qu'un des singuliers détails de ce bâtiment carré, dont les façades sont parées de panneaux de béton flexible gris, disposés en quinconce. Un de ses murs est croche. Le sculpteur Florent Cousineau l'a voulu ainsi. "Le mur penchait vers l'intérieur, relate-t-il. Je me suis dit : accentuons ce défaut, mais de l'autre sens, vers le trottoir ! Regardez, on dirait une feuille au vent." Se frottant les mains, il poursuit : "Ça, c'est une décision d'artiste, pas d'architecte."

André Roy ne le contredit pas. Il affirme même que Florent Cousineau a été "le fer de lance du développement dans Saint-Roch". "Il a formé des groupes d'artistes et chacun a pu acheter son appartement." Sans le programme de la Ville de Québec d'aide à l'acquisition d'ateliers d'artistes et sans une gestion serrée des budgets, les artistes n'auraient pas eu les moyens de se payer un atelier en plus de leur logement.

Jean Dubois, enseignant à la retraite maintenant restaurateur de vieux meubles, partage son temps entre l'île d'Orléans et la rue Belleau. Son atelier est au rez-de-chaussée de son loft en ville, dont le petit vestibule ressemble à une cour intérieure, en raison de la mezzanine qui le surplombe. À l'étage, il préserve l'intimité de son espace de vie par de jolis volets de bois, qu'il peut ouvrir à sa guise s'il désire plus de lumière. Dans sa cuisine, il a laissé le crochet qui servait jadis à soulever les moteurs d'auto. "Pendant la construction, on a trouvé des grelots qu'on attachait au cou des chevaux", poursuit Florent Cousineau.

Les quatre lofts ont été conçus selon le même modèle. Chaque occupant a été libre de le personnaliser. La portraitiste Louise Jobin s'est fait installer un plancher chauffant. Avec un Exacto, elle a percé une ouverture entre le rez-de-chaussée et le premier, en quête de la lumière naturelle qui vient d'une fenêtre dans le toit. Elle accède à sa mezzanine par un escalier de bibliothèque déniché au marché aux puces. Comme sa voisine Nathalie, elle a une baignoire sur pattes dans sa chambre.

"Trash" et urbain

Coutelière et joaillière, Chantal Gilbert vit dans un ancien garage de la rue Christophe-Colomb. Quand elle monte à l'étage de son appartement, elle aperçoit, sur les murs de béton bordant l'escalier, les vestiges de ce qui étaient "des montées d'autos". Dans sa cuisine, elle a empêché les ouvriers de recouvrir de gypse une colonne de vieux béton. "Des gens paient pour ça", s'exclame-t-elle. Idem pour le plafond en tôle d'aluminium. "C'est urbain et un peu trash", fait valoir Florent Cousineau.

Une dizaine d'artistes ont leur chez-soi, comme Chantal Gilbert, aux Ateliers de la falaise. Le bâtiment bleu foncé a été recouvert de crépi. "Il fallait l'isoler par l'extérieur, explique André Roy. C'est pour ça qu'on a mis du crépi par-dessus le béton." La bâtisse a "un coin à 45 degrés" qui lui fait une sorte de chanfrein géant. L'architecte a mis ce détail en évidence en installant une corniche métallique qui couronne les façades.

"À l'origine, il y avait peu de fenêtres, mais plusieurs portes de garage", rappelle André Roy. Aujourd'hui, Chantal Gilbert bénéficie de trouées de lumière d'est en ouest et de haut en bas de son appartement sur deux niveaux. Elle est aussi la seule à avoir un petit balcon, sur lequel les copains se réfugient quand ils ont envie de changer leur routine des soupers sur le trottoir. La vie à "Soucha", c'est ça.



 
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