Florent Cousineau
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FESTIVAL DE THÉÂTRE DE RUE DE SHAWINIGAN
1 aoû 2004

Auteur: Ève Dumas, (La Presse)

Le huitième Festival de théâtre de rue de Shawinigan s'ouvrait dans une certaine confusion, vendredi. Plusieurs personnes semblaient chercher leurs repères, géographiques et autres, dans le centre-ville surchargé. Les démarches sont éclatées à un point tel cette année qu'il faut plus que jamais mettre les étiquettes de côté.

Mais encore fallait-il bien identifier les spectacles, performances, installations et autres interventions difficilement qualifiables pour que l'on sache à qui et à quoi on avait affaire. Ce problème de signalisation était en voie de se régler, en fin de soirée, tandis que des bénévoles accrochaient des fiches descriptives, pictogrammes inclus, devant chaque « station ».

Pour ajouter au chaos, les activités n'avaient pas toujours lieu à l'heure prévue. Le Théâtre de la pire espèce n'a pu donner la dernière représentation d'Un citoyen... Accusez la pluie! Des problèmes de son ont forcé Didier Lucien et l'équipe de Golgotha à annuler deux shows sur trois. Gaëtan Laporte a quant à lui dû reporter La Chute de Slack pour cause d'achalandage trop important. Comme on le répète souvent à l'organisation du Festival, le vendredi soir, c'est la générale.

Pour éviter les frustrations, la meilleure approche était donc de papillonner, libre de toute attente, comme les dizaines de milliers de personnes débarquées à Shawinigan pour l'événement.

Avant même l'ouverture officielle, vers 19 h, il y avait une myriade de choses à voir, côté installations. Fuite inoffensive, de Mario Duschesneau, est sans contredit le plus frappant de ces fixes. L'artiste a créé un immense rideau de vêtements qui, de par son ampleur, provoque une impression de démesure et d'indécence à la fois. En haut d'un escalier, dans une ruelle, on peut aussi apercevoir une maison qui déborde de ces mêmes flots de tissus fuyants.

Sur un terrain de pétanque aux abords de la 5e Rue, Christopher Varady-Szabo a installé son stand de tir. Il invite les passants à façonner des balles avec de la boue fraîche qu'ils peuvent ensuite lancer sur des murs de paille. Construite à partir de matériaux propres à la vie rurale, sa Prairie de mise est un sympathique défouloir pour urbains (trop) civilisés.

L'artiste béninois Dominique Zinkpè promenait pour sa part son taxi dangereusement vertical dans une 5e Rue bondée de gens. On le regardait passer ou on embarquait, pour devenir instantanément le centre d'attention du moment.

Très jolie installation que celle de Florent Cousineau. À l'entrée d'une ruelle (ou à la sortie, c'est selon), il nous asperge d'une pluie plus vraie que nature, si bien que lorsque la vraie de vraie s'est manifestée, en fin de soirée, on pouvait croire que c'était le vent qui poussait les gouttelettes artificielles jusqu'à nous. Dans la même ruelle, l'artiste a aussi disséminé des éléments de salle d'eau pour créer une zone à la fois intime et insolite.

Et qu'en est-il du « vrai » théâtre de rue, si l'on peut s'exprimer ainsi? Depuis deux ans, les milieux du théâtre, des arts visuels et de l'art « performance » se partagent le territoire. Une discussion portant sur la définition du théâtre de rue tel qu'il se pratique à Shawinigan se tenait justement hier midi, modérée par le sociologue-rappeur (!) Guy Sioui-Durand. Quelques pistes ont été lancées, mais assez timidement. La discussion se poursuit aujourd'hui, même heure, même endroit.

Quelques commentaires bien éclairés auront été prononcés par des membres de Générik Vapeur, et pour cause: la compagnie française a récemment fêté ses vingt ans d'expérience en arts de la rue. Son spectacle, Théâtre d'une rue, témoigne d'une maîtrise évidente de cette pratique par une utilisation à la fois poétique et politique de l'espace citoyen. Mais vendredi soir, la technique n'était pas encore au point pour cette adaptation shawiniganaise d'un spectacle qui se veut toujours en phase avec le lieu où il est présenté. Ils avaient deux jours pour s'ajuster.

Avec Bienvenue à, la compagnie ARGGL! exploite également la ville de manière pertinente. Dans Beauté intérieure, balade urbaine créée l'été dernier dans le même contexte, l'auditeur devenait confident d'un homme laid. Cette fois-ci, Olivier Choinière fait de nous des touristes désorientés. Muni d'un plan et d'un audioguide, le marcheur doit s'abandonner au rêve et au souvenir. Il doit aussi faire des choix. L'ensemble s'avère un peu difficile à gérer, jusqu'à ce qu'on comprenne qu'il n'est pas interdit, dans la vie, de sortir des sentiers battus.

C'est ce que fait encore cette année le Festival de théâtre de rue de Shawinigan, qui se poursuit ce soir avec toutes les activités susmentionnées... et 40 autres.


 
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