Florent Cousineau
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C'est arrivé près de chez vous !
22 mai 2004

Auteur: Laferrière, Michèle

Ulysse Dubois vit dans une ruche. Une ruche de béton ! Érigée au coeur de Saint-Roch, elle pique la curiosité. On la dirait faite de papier, mais elle a la solidité du roc. À l'instar d'une trentaine d'artistes de tous horizons, Ulysse y dort et y travaille, en faisant son miel de l'effervescence d'un quartier qui n'en finit plus de renaître.

À l'angle des rues de Sainte-Hélène et de la Couronne, cette ruche en pleine ville abrite 33 ateliers-résidences, ainsi que l'École des arts visuels de l'Université Laval. Elle tire son surnom de son avancée grise faite de bandes de béton flexible, un matériau dont la texture rappelle celle du papier fait main. En réalité, cet ancien immeuble industriel s'appelle les Ateliers du roulement à billes, clin d'oeil à la General Bearing qui y avait jadis ses quartiers.

La ruche

Ulysse Dubois vit justement dans la portion de l'édifice qui fascine touristes et résidants : la ruche. Il est musicien, sculpteur et peintre, bref artiste, condition qui lui a permis d'acheter son magnifique loft, en vertu du programme d'aide à l'acquisition d'ateliers d'artistes de la Ville de Québec. Il ne risque pas d'oublier son environnement urbain : à quelques mètres de ses fenêtres, des ouvriers construisent un immeuble de plusieurs étages qui abritera l'Institut national de la recherche scientifique. Ça bourdonne d'activité partout autour et les bruits qu'on entend sont plus que des bzzzz-bzzzz.

L'appartement d'Ulysse ressemble à une cathédrale. Par sa hauteur, il est prestigieux. Un mur légèrement incliné vers l'extérieur nous rappelle qu'on se trouve dans la ruche. Il est percé de plusieurs petites fenêtres rectangulaires, qui semblent avoir été disposées au hasard.

Dénudé, l'étage inférieur recèle tout de même quelques trésors. Une splendeur que cette armoire gigantesque qui sépare la pièce principale de la cuisine ! Alors qu'il faisait des travaux de peinture au Petit Séminaire de Québec, Ulysse l'avait aperçue, avant d'apprendre que les pères voulaient s'en débarrasser. Ils la lui ont donnée, moyennant quelques menus travaux. Ne lui restait qu'à la transbahuter dans son loft. "Il nous a fallu un lift", mentionne-t-il.

Dans la sombre petite cuisine, une colonne de béton déformée attire les caresses par son aspect lisse et brillant. C'est ici qu'arrive en scène l'artiste Florent Cousineau, l'ami du béton. La colonne-sculpture est son oeuvre, ainsi que tout le béton qui enveloppe, recouvre et personnalise les Ateliers du roulement à billes. "Ici, tous les plafonds sont en béton "peau d'éléphant"", explique-t-il en désignant les "pliures visibles" qui prennent l'apparence de lignes et de traits sur ce matériau ennobli sous ses mains.

Des porcheries aux ruches

Florent Cousineau a changé la face de Saint-Roch en y important le béton flexible qu'il avait découvert chez Betflex, une entreprise de Sherbrooke. "C'est un matériau très peu coûteux qui servait pour les porcheries", dit-il. Aujourd'hui, il en fait des ruches ! Mais disons qu'il a dû être persuasif pour convaincre les fonctionnaires de la Ville de la beauté du béton.

Si Saint-Roch se tient fièrement debout maintenant, c'est en grande partie grâce à l'audace de cet artiste aux talents de promoteur. Son béton flexible embellit des immeubles aux quatre coins du quartier. Et Florent Cousineau poursuit toujours ses recherches sur ce matériau. Il le travaille comme de la dentelle et du papier. Et il rêve d'en tirer des drapés. "J'aime rendre la ville joyeuse, lance-t-il. Je me démène comme un diable dans l'eau bénite depuis les années 80 dans Saint-Roch. J'ai montré que j'étais capable de bénévolat. Ça en prend des troubadours comme moi !"

Il est probablement le seul être humain en ville à trouver de l'intérêt aux berges bétonnées de la rivière Saint-Charles. Le béton résiste à l'eau, au feu et aux talons hauts. Dans le hall des Ateliers du roulement à billes, les artistes ne craignent pas d'abîmer les murs, puisqu'ils sont en béton. Le long des coursives, l'ocre des parois extérieures est trompeur, mais c'est bel et bien de béton qu'il s'agit !

Florent Cousineau est accueilli en frère par tous les artistes qui nous ont ouvert les portes de leurs ateliers-résidences. Chacun lui glisse une confidence, lui rappelle une anecdote, lui expose ses tracas. Ulysse Dubois, lui, s'est souvenu du concert privé offert par une musicienne de Boston dans son loft-ruche. Y avait-il des spectateurs jusque dans la mezzanine qui lui sert de chambre à coucher et de salle de dessin ? La lune se faufilait-elle par le puits de lumière ? Le foyer réchauffait-il tout l'espace ? Il paraît, en tout cas, que la performance fut béton !



 
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